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Anglais et orthographe

Bien que l'orthographe ne soit en rien une indication du degré d'intelligence globale de nos élèves, il n'en reste pas moins une compétence fondamentale à acquérir pour réussir à communiquer efficacement et franchir certaines étapes futures, sociales et professionnelles, et ce, même en langue étrangère.
Je vous propose donc un petit tour d'horizon de ce que je mets en place avec mes jeunes élèves pour les aider à dompter cette dimension incontournable de l'écrit.

Quels freins nos élèves rencontrent-ils?

Mes deux enfants ont la chance de grandir dans un environnement bilingue depuis leur naissance: leur Papa était un joyeux Londonien, bred and born. Mais si l'acquisition du langage oral est globalement, pour eux, une étape naturelle, l'acquisition de la dimension écrite est plus douloureuse. Lors de ses travaux écrits, mon aîné me demande souvent "What's wrong with British people Mum? Why put "GH" in almost every word when they serve nothing?!" Well... Ask your Dad darling!
Trêve de plaisanterie, je lui rétorque souvent que le français est également très difficile pour les apprenants étrangers, tant sur le plan orthographique que sur le plan grammatical. Mais, soyons honnêtes, l'anglais et ses quelque 1100 graphèmes pour 40 phonèmes est un vrai cauchemar orthographique pour une génération d'élèves déjà peu performante et concernée par la rigueur orthographique dans leur langue maternelle.
Rajoutez à cela les troubles du langage de nombreux de nos élèves, et l'anglais revêt véritablement son visage de langue opaque et irrégulière dont le secret  des combinaisons orthographiques est difficile à percer.

Comment, dès lors, développer la conscience orthographique des élèves?

Une fois ce constat fait, et le niveau d’orthographe baissant considérablement chaque année, il me fallait lire sur le sujet et tenter de trouver des solutions (ou au moins des amorces de solutions) pour limiter les dégâts. Et c'était d'autant plus urgent pour les élèves de 6e à qui on demandait très rapidement de rentrer dans l'écrit au mois de septembre alors que le passage à l'écrit est quasiment inexistant à l'école élémentaire, la priorité étant à juste titre mise sur l'oral.

  • La toute première idée qui m'est venue à l'esprit, c'est que, tout comme en français, plus on lit, mieux on écrit. Il me fallait donc bondir sur toutes les opportunités possibles pour faire lire les élèves, même les plus jeunes. Et en 2019, soyons honnêtes, c'est un véritable tour de force! #grosse pensée pour les profs docs
    Pour cela, j'ai tout d'abord investi dans une bibliothèque de classe et j'ai imaginé un défi ludique pour booster la lecture plaisir sur les temps de classe ou hors classe.
    J'ai pour cela conçu ce Reading Challenge et je dois dire que c'est un succès. Les élèves s'en sont emparés et ils lisent plus qu'avant. L'événement pédagogique survient quand l'un d'entre eux s'exclame: "Ah oui, j'ai vu ce mot dans le livre sur ...". Hallelujah!
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  • D'autre part, j'ai remarqué que l'approche du vocabulaire par rimes ou le classement par sons étaient une véritable pépite pour approcher le lien graphie-phonie et favoriser la mémorisation phonologique et orthographique des mots. Nous le faisons dès que l'occasion se présente, souvent à la suite d'une CO, et cela permet de commencer à tirer des conclusions sur les différentes écritures des sons. Les élèves disent que cela les aide...
    Avec les plus jeunes, je vous recommande les livres de Kes Gray qui sont une véritable mine d'or pour introduire les sons de l'anglais et du vocabulaire en tout genre. Je vous reparlerai d'un projet phonologique que j'ai mené à partir de ces albums dans un autre billet.
  • Ensuite, je m'astreins à toujours faire figurer des repères phonologiques dans les leçons pour aider les élèves à associer graphèmes et phonèmes.

Mais surtout...Practice makes perfect !

Pour certains, tout ce qui est énoncé ci-dessus n'est pas suffisant pour les aider à surmonter leurs difficultés orthographiques, qui sont souvent bien ancrées dans leur langue maternelle également.
Et pour ceux-là, je me suis inspirée de ce que j'ai pu voir dans la pratique des professeurs des écoles de mes propres enfants en Grande Section, au CP et au CE1 lorsqu'ils apprenaient à écrire.
Croulant sous les compétences à faire acquérir aux élèves en cours de LV, il allait de soi que je n'allais pas pouvoir y consacrer autant de temps que les collègues de l'élémentaire en français, mais j'ai imaginé 2 ou 3 petites astuces qui se sont révélées plutôt efficaces pour aider les plus en peine au cycle 3.
En parallèle des activités d'écriture classiques qui sont demandées quotidiennement et lors de différentes tâches dans tous les chapitres, j'ai lancé un "I can spell" Project en continu sur l'année de 6e. Je vous le présente ici.

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  • La première activité de ce projet est la mise en place d'un rituel hebdomadaire de "Dictation". Il ne prend que 15 minutes mais diable qu'il est efficace.
    Pendant ces 15 minutes, je donne l'opportunité aux élèves de ne se concentrer QUE sur l'orthographe. Pas d'imagination, de réflexion, d'analyse. Prendre l'habitude de penser à la manière dont on écrit les sons entendus, à se focaliser sur chaque lettre de chaque mot. Cette habitude est une merveilleuse aide lors de leur écriture plus complexe en autonomie et pendant la relecture des évaluations. La différence est visible.
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  • Ces "dictations" sont toujours en rapport avec les leçons de la semaine, ne contiennent que des mots étudiés, et sont une opportunité simplissime de différenciation: les élèves les plus à l'aise écriront 5 phrases dont les 2 dernières seront les plus complexes. Les moins à l'aise n'en écriront que 3 quand les élèves avec des troubles du langage n'en écriront qu'une ou que des mots isolés. Il y en a pour chacun. Sans parler des dictées à rimes qui sont encore plus fun!
  • L'activité de follow-up donnée à faire à la maison à la suite de la dictée est tout aussi importante: revenir sur les erreurs orthographiques faites et y remédier en se focalisant, une fois de plus, sur chaque lettre composant les mots erronés. Ajoutez-y des formes géométriques et des petits coloriages à faire et nos plus petits élèves y trouvent parfaitement leur compte. Pinterest en regorge puisque ces activités sont très utilisées lors de l'enseignement des "phonics" dans les écoles américaines.
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  • Et enfin, j'ai investi dans des ardoises blanches classiques qui ont trouvé leur place dans le Spelling Corner de ma classe. Là encore, 5 minutes par-ci par-là en classe entière ou sur le temps "off" des fast finishers, on pratique des Spelling Bee competitions sur l'année, mais à l'écrit.
    On tire au sort un mot d'une des deux enveloppes, on fait l'effort de bien le prononcer à son.ses camarade.s et  on vérifie sa réalisation orthographique sur l'ardoise en épelant le mot en anglais (et on pratique l’alphabet aussi du coup...). Un vrai plus lors de révisions avant les fatidiques évaluations !
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Si les documents mentionnés dans cet article vous intéressent, servez-vous...
Les fiches "Dictations" sont ici, et voici les "Rainbows", les "Spirals"et les "Stairs"

Voili voilou...Vous savez tout... Pas de recette miracle une fois de plus, juste mes petites expérimentations dans mon "teaching lab" dans le domaine de l'orthographe.